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Les censures médiatiques

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Malgré un élargissement de l'offre de programmes, les parts d'audience se concentrent encore sur les chaînes du réseau hertzien qui représente 92 % du total avec la répartition suivante public/privé :

  • 46.1% de part d'audience pour les chaînes publiques (22.1 pour France2, 16.8 pour France3, 3.1 pour Arte, 4.1 pour La Cinquième)
  • 50.7% de part d'audience pour les chaînes privées (33.4 pour TF1, 13.2 pour M6 et 4.1 pour Canal+)

 

 

La loi du 1er août 2000 a institué le groupe France Télévision, regroupant les trois sociétés nationales de programmes (France2, France3, La Cinquième), il s'agit d'une holding qui a pour mission de définir les orientations stratégiques des chaînes, de coordonner les politiques de programmes et l'offre de service, de mener les actions de développement.
L'Etat et France Télévision doivent signer un contrat d'objectifs et de moyens d'une durée comprise entre trois et cinq ans.

Sur la télévision de Pierre Bourdieu

Au cours de deux leçons au Collège de France, Pierre Bourdieu se propose de mettre au jour les mécanismes sociaux de l'univers des journalistes de télévision.
Son intervention est motivée par sa conviction que ces mécanismes menacent «différentes sphères de la production culturelle» et plus fondamentalement, la démocratie.

But : Donner aux professionnels de la télévision «les armes et les outils» pour exercer leur métier dans de meilleures conditions.

Son objectif, est de mettre en garde contre les dérives de la télévision, afin que “Ce qui aurait pu devenir un extraordinaire instrument de démocratie directe ne se convertisse pas en instrument d’oppression symbolique.”

Pierre Bourdieu commence sa réflexion en se demandant dans quelles conditions les chercheurs, les artistes, les écrivains, qui ont pour mission de restituer un savoir, peuvent passer à la télévision.
La télévision en effet, soumet ceux qui s'y expriment à un certain nombre de contraintes.
Ceux qui accèdent à la télévision perdent leur autonomie. Ils se voient en effet imposer un sujet, des conditions de la communication particulières, et un temps limité.
Cette censure est bien plus subtile qu'une censure politique ou économique. Elle est anonyme et inconsciente (Pierre Bourdieu la qualifie de violence symbolique, qu'il définit comme une contrainte qui s'exerce avec la complicité de celui qui la subit).

Son expression la plus visible, ce sont les faits divers qui font diversion, qui ne choquent personne mais ne touchent à rien d'important, meublant donc le temps rare de la télévision par des informations sans intérêt pour le citoyen.

Pierre Bourdieu met en garde contre les choix de la télévision qui sont régis par l’audimat et les contraintes du marché, et qui n’ont “ rien de l’expression démocratique d’une opinion collective éclairée.”

Censure à la télévision : Elle peut être économique ou politique.

Si Pierre Bourdieu insiste sur la censure télévisée, c’est qu’une part importante de la population ne se sert que de la télévision pour se tenir au courant de l’information, et que ce médium détient donc une emprise considérable sur la pensée et la manière de faire penser les gens.
L’insistance sur des faits plutôt que d’autres permet de façonner les esprits dans un sens choisi qui suit l’idéologie de la chaîne et non pas l’objectivité s’il en est une.

La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision, elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Extrait " Arrêt sur images " La Cinquième, 23 janvier 1996
Extrait de Bourdieu du « Monde Diplomatique » d’Avril 1996

Le Rôle du présentateur :

Il impose la problématique, au nom du respect de règles formelles à géométrie variable et au nom du public, par des sommations (" C’est quoi... ", " Soyons précis... ", " Répondez à ma question ", " Expliquez-vous... ", " Vous n’avez toujours pas répondu... ", " Vous ne dites toujours pas quelle réforme vous souhaitez... ") qui sont de véritables sommations à comparaître mettant l’interlocuteur sur la sellette.

Pour donner de l’autorité à sa parole, il se fait porte-parole des auditeurs : " La question que tout le monde se pose ", " C’est important pour les Français... " Il peut même invoquer le " service public " pour se placer du point de vue des " usagers " dans la description de la grève.
Il distribue la parole et les signes d’importance (ton respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient, titres, ordre de parole, en premier ou en dernier, etc).
Il crée l’urgence (et s’en sert pour imposer la censure), coupe la parole, ne laisse pas parler (cela au nom des attentes supposées du public c’est-à-dire de l’idée que les auditeurs ne comprendront pas, ou, plus simplement, de son inconscient politique ou social).
Ces interventions sont toujours différenciées : par exemple, les injonctions s’adressent toujours aux syndicalistes (" Qu’est-ce que vous proposez, vous ? ") sur un ton péremptoire, et en martelant les syllabes ; même attitude pour les coupures : " On va en parler... Merci, madame, merci... " Remerciement qui congédie, par rapport au remerciement empressé adressé à un personnage important.

C’est tout le comportement global qui diffère, selon qu’il s’adresse à un " important " ou à un invité quelconque : posture du corps, regard, ton de la voix, mots inducteurs (" oui... oui... oui... " impatient, " ouais " sceptique, qui presse et décourage), termes dans lesquels on s’adresse à l’interlocuteur, titres, ordre de parole, temps de parole...

La logique du jeu de langage :

Le jeu joue en faveur des professionnels de la parole, de la parole autorisée.
Le débat démocratique conçu sur le modèle du combat de catch permet de présenter un ressort d’Audimat (le " face-à-face ") comme un modèle de l’échange démocratique.


La question de l’uniformisation de l’information : une forme de censure

Les sources des images médiatiques sont de plus en plus centralisées. C’est la raison pour laquelle le journal de 20 h de France 2 ou de TF1 ont souvent les mêmes images.

Tous les journaux qui créent l’opinion sont à Paris.

Ex : Referendum sur l’Europe ; tous les médias sans exception sont pour le oui.
Ils sont tous dans les mêmes milieux sociologiques, ont eue la même formation, ont la même vision des choses et la même morale. La question du pluralisme est posée.

Les discours médiatiques divergent de l’opinion collective et la crise vient du fait que toutes les sensibilités ne sont pas représentées.
Le fait de choisir une information plutôt qu’une autre implique un apriorisme qui se fait par ses propres lunettes sociales.

Une autre forme de censure quand aux images tient à leur prix de vente parfois faramineux. Ex : (plan d’une fillette qui court brûlée au Napalm, plan d’un viet Khong abattu dans la rue) : valent respectivement 8000 $ pour 19 s et 10000 $ pour 29 s. Le prix correspondant à environ un quart du budget total du film ; le réalisateur n’a pas pu les intégrer. Forme de censure.
Journaux gratuit ; sommaire, prédigérés, libéral.

On peut dire que « L’opinion, ça se travaille… » (Titre du livre de serge Halimi)

La question de l’objectivité se pose losque l’on voit que la firme du fabricant d’armes Dassault est autorisée par l’Union européenne à prendre le contrôle de 70 publications dont Le Figaro, L’Express et un tiers de la presse quotidienne régionale, auparavant détenues par le groupe Hersant.

Le cas des États-Unis
Le nombre de Sujets des journaux télévisés américains consacrés aux homicides a augmenté de 474 % entre 1990 et 1999, à une période où le nombre des homicides  baisse.
Ce matraquage a contribué au durcissement pénal du pays (allongement des peines de prison, peines automatiques, augmentation du nombre des exécutions). A ce stade, la responsabilité civique du journaliste est engagée. Il ne peut plus prétendre qu’il ne sait pas à quoi mène la priorité qu’il accorde aux faits divers sordides.

Extrait « le monde selon Bush » ; destruction de la statue de Sadam. Utilisation des images. En réalité la place était quasi déserte ; environ 70 personnes (collaborateurs, bagagiste). On a une impression de foule par l’effet de caméra. (en contradiction avec les images internet de la chaîne algésira)
Quelques jours après (le monde selon bush d’yves Boisset), le Washington Post publie le sondage suivant : 12 % d’américains en plus sont pour la guerre.
Journaliste inbed avec l’armée (autocensure). L’armée étant garante de leur sécurité.

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