Influence, engagement et dissonance

Anxiété, groupe et comparaison sociale

Publié dans Influence, engagement et dissonance

On doit cette expérience, datant de 1959, à Schachter.

Les sujets sont plusieurs  groupes de 5 à 8 étudiantes volontaires réunies dans un laboratoire. On présentait aux étudiantes le docteur Gregor Zilstein du service neurologie et  psychiatrie de la faculté de médecine. Ce dernier portait un tablier blanc et un stéthoscope dépassait de sa poche.
En se présentant, il prévenait les sujets qu’ils participeraient à une étude sur les réactions à des chocs électriques,  il insistait sur l’importance de telles recherches.

L’auteur va faire varier l’anxiété de ses sujets suivant la façon de leur présenter l’expérience. Il crée ainsi deux groupes :

Il dit à un premier groupe : (Condition de forte anxiété)

« Ce que nous demanderons à chacune d’entre vous est très simple. Nous voudrions vous donner une série de chocs électriques. Maintenant je me dois d’être complètement honnête avec vous et de vous dire ce qui vous attend exactement. Les chocs feront mal. Ils seront douloureux. Comme vous pouvez l’imaginer, si, dans une recherche de ce genre, nous devons apprendre tant soit peu qui aidera l’humanité, il faut que nos chocs soient intenses. Nous comptons placer une électrode sur votre main, vous brancher à un appareil comme celui-ci (Zilstein montre des appareils derrière lui), vous donner une série de chocs électriques et enregistrer diverses mesures telles que votre pouls, votre pression sanguine, etc. A nouveau, je tiens à être honnête avec vous et à vous prévenir que ces chocs seront fort douloureux, mais, bien sûr, ils n’entraîneront pas un dommage permanent. »

Il dit au second groupe : (Condition de faible anxiété)

« Je vous ai demandé à toutes de venir aujourd’hui afin de servir de sujets dans une expérience qui a trait aux effets des chocs électriques. Je m’empresse d’ajouter : ne vous laissez pas troubler par le terme de choc ; je suis certain que l’expérience vous sera agréable. Ce que nous aimerions que chacune d’entre vous fasse est très simple. Nous voudrions vous donner à chacune une série de chocs électriques très légers. Je vous assure que ce que vous ressentirez ne sera en aucune façon douloureux. Cela ressemblera plus à un chatouillement ou à un fourmillement qu’à quelque chose de déplaisant. Nous placerons une électrode sur votre main, nous vous donnerons une série de chocs très légers, et nous mesurerons des choses telles que votre pouls, votre pression sanguine, mesures avec lesquelles, j’en suis sûr, vous êtes toutes familiarisées par vos visites chez votre médecin de famille. »

Les explications terminées, il se trouve (non par hasard) que la salle d’expérience n’est pas disponible. Prétextant une façon de combler cette attente, le docteur Zilstein fait passer un questionnaire à toutes les étudiantes dans lequel il est demandé si elles préfèrent patienter seule, en groupe ou si cela n’a aucune importance. Il est précisé que toute communication sera interdite.

Dans cette expérience, aucun choc ne fut évidemment administrés. Seules les réponses au questionnaire intéressaient Schachter.

Il cherche à savoir si le niveau d’anxiété induit par les instructions allait pousser les étudiantes à préférer se regrouper.

Les résultats sont les suivants :

63% des sujets dans la condition de forte anxiété choisissent d’attendre en groupe, alors que 33% des sujets dans la condition de faible anxiété émettent ces mêmes préférences.

Dans une autre variante de l’expérience, on leur propose d’attendre avec un groupe qui ne recevra pas de chocs électriques. Dans ce cas, les sujets préfèrent attendre seuls.

Schachter conclu alors que la misère aime une compagnie misérable.
Pour le dire autrement, l’anxiété entraîne le désir d’être avec d’autres pourvu qu’ils soient dans la même situation. L’auteur explique aussi ces résultats par la théorie de la comparaison sociale. En l’absence de référents objectifs, les gens chercheraient à comparer leurs opinions et aptitudes avec celles des autres. Il étend alors la théorie au domaine des émotions. Peut-être les étudiantes dans l’incertitude souhaitent comparer leur anxiété à celle des autres même de manière non verbale.

Schachter, S. The psychology of affiliation. Experimental studies of the sources of gregariousness. Stanford (Calif.) , Stanford University Press, 1959, 141P

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